Baccalauréat S2TMD : à quoi va ressembler l’épreuve en 2021 ?

08/11/2020

Le ministre de l’Éducation a annoncé le 5 novembre que les évaluations  communes (anciennement E3C) introduites par la réforme du baccalauréat et qui devaient se tenir à partir de janvier étaient annulées. Elles seront remplacées par un contrôle continu basé sur les bulletins scolaires. Cela étant, et à ce jour, les épreuves terminales des enseignements de spécialité sont maintenues entre le 15 et le 17 mars1. En quoi consistent ces épreuves pour cette filière très particulière et à laquelle sont étroitement associés 23 conservatoires à rayonnement régional sur l’ensemble du territoire ?

Préambule

La réforme de la filière TMD en filière S2TMD a été conduite tempo prestissimo, à compter du début de l’année 2019. Véritable refondation qui ne se résume pas, loin s’en faut, au simple ajout d’une spécialité — le théâtre —, elle redessine profondément le partenariat entre lycées et conservatoires, lesquels sont sensés travailler depuis la rentrée de septembre de façon très étroite puisque que les enseignements de spécialités (Culture et sciences, Pratique artistique) sont assurés conjointement par une équipe pédagogique qui associe les compétences des professeurs des deux établissements partenaires.

Le premier confinement a eu pour conséquence de rendre très difficile sinon impossible la rencontre entre ces enseignants qui auraient dû définir comment se répartir la prise en charge, a minima, des 40% du volume horaire total imparti aux deux enseignement de spécialités et dont les programmes ont été, parallèlement, fortement remaniés.

Dans le même temps, la réforme du baccalauréat modifie de façon très sensible la session 2021, tant dans le déroulé des épreuves et son calendrier que dans leur contenu.

La deuxième vague de Covid-19 et le reconfinement partiel qui s’en suit vient, hélas, à nouveau perturber le nécessaire rapprochement entre enseignants, alors que le calendrier anticipé ne laisse que 15 semaines à peine avant les épreuves de la mi-mars !

Avant la réforme

Jusqu’alors et de façon schématique, les épreuves terminales qui se déroulaient entre le mois de mai et le mois de juin étaient organisées de la façon suivante2 :

Pour la danse :

  • Épreuve d’analyse musicale (trente minutes)
  • Épreuve d’analyse chorégraphique (trois heures et demie)
  • Interprétation chorégraphique avec variation imposée (MCC) + variation libre

Pour la musique :

  • Relevé (30’)
  • Épreuve d’analyse (3h30)
  • Épreuve d’Histoire de la musique (4heures
  • Interprétation musicale (10’) et entretien avec le jury (10’)

Après la réforme

Les épreuves des enseignements de spécialité dans la série S2TMD ont été publiées dans le BO spécial n°2 du 13 février 2020.

Culture et sciences chorégraphiques

Cette épreuve, d’une durée de quatre heures comporte deux partie d’une durée indicative de deux heures :

  • Première partie : Analyse chorégraphique :
    Le candidat analyse un extrait (de 3 à 5 minutes) d’une œuvre chorégraphique non identifiée en relation avec le programme de culture chorégraphique du cycle terminal. L’extrait est visionné à plusieurs reprises selon le plan de diffusion précisé par le sujet. Le candidat répond à un ensemble de questions l’engageant à mettre en évidence les caractéristiques principales de l’œuvre, les techniques mobilisées et à identifier le courant chorégraphique dans lequel l’œuvre s’inscrit ainsi que sa période de composition et de création.
  • Seconde partie  : Histoire de l’art chorégraphique :
    Deux sujets sont proposés au choix du candidat. L’un repose sur une citation ou un texte relatif à l’art chorégraphique ; l’autre s’appuie sur une œuvre ou un genre chorégraphique. En référence aux perspectives issues des champs de questionnement obligatoirement mobilisées en classe de terminale, chacun propose un ensemble de questions permettant au candidat de développer sa réflexion appuyée sur sa connaissance de l’histoire de l’art chorégraphique.

L’épreuve est notée sur 20 points, répartis en 10 points pour chacune des parties.

Culture et sciences musicales

Un groupe d’épreuves qui diffère sensiblement des anciennes épreuves et qui se compose désormais de quatre parties de durées variables :

  • Première partie (durée indicative de 30 minutes) : Relevé musical
    Un extrait du répertoire enregistré, de huit à seize mesures environ, est présenté par le sujet de façon incomplète. Le candidat en prend connaissance durant 3 minutes (lecture, repérage des parties à compléter) puis cet extrait est diffusé à cinq reprises à 45 secondes d’intervalle. Le candidat doit compléter le texte (notes, rythmes, phrasés, indication des mesures, nuances, accords).
  • Deuxième partie (durée indicative de 1 heures) : commentaire comparé des deux extraits d’œuvres diffusés successivement à plusieurs reprises. Le sujet précise la problématique devant orienter le commentaire, celle-ci étant issue d’une des trois perspectives obligatoirement mobilisées en classe de terminale (mondialisation, diversité et identités culturelles ; hybridation des langages de la musique ; relativité des goûts, des modes et des valeurs). Les œuvres sont identifiées et ne sont pas accompagnées de leurs partitions.;
  • Troisième partie (durée indicative de 1 heures) : Analyse musicale d’un extrait de partition diffusé à plusieurs reprises. En réponse à un ensemble de questions présenté par le sujet, le candidat réalise une analyse approfondie d’un extrait de partition dont une interprétation est diffusée à deux reprises : une première fois 5 minutes après le début de cette partie d’épreuve et une seconde fois 20 minutes après la fin de l’écoute précédente.
  • Quatrième partie (durée indicative de 1 heures 30) : Histoire de la musique et des arts. Cette partie d’épreuve porte, sans limitation d’époque ou de pays, sur les grandes lignes de l’histoire des faits et des idées concernant la musique. Le sujet présente un bref texte que le candidat est amené à commenter et discuter en réponse aux questions qui lui sont posées.

L’épreuve est notée sur 20 points, répartis en 3 points pour la première partie, 6 points pour la deuxième partie, 4 points pour la troisième partie et 7 points pour la quatrième partie.

Culture et sciences théâtrales
  • Première partie (d’une durée indicative de 2 heures) : analyse dramaturgique. Le candidat analyse un extrait (de 4 minutes maximum) de deux mises en scène captées d’un même texte en relation avec le programme de culture théâtrale. L’ensemble est visionné à trois reprises : une première fois au début de l’épreuve, une deuxième fois 10 minutes après la fin de la diffusion précédente et une troisième fois 20 minutes après la fin de la diffusion précédente. Le candidat rédige une réflexion argumentée mettant en évidence les caractéristiques principales de l’œuvre et confortant les choix scéniques de chaque mise en scène (techniques et jeu mobilisés). Il prend appui sur un dossier complémentaire aux captations de trois pages maximum lui permettant d’enrichir son analyse (interview du metteur en scène, texte théorique, affiches, etc.).
  • Deuxième partie (d’une durée indicative de 30 minutes) : histoire du théâtre et questionnements esthétiques. Le sujet soumet au candidat une ou plusieurs questions relatives à l’une des perspectives obligatoirement rencontrées en classe de terminale au titre des trois champs de questionnement prévus par le programme. Le sujet peut être accompagné de un à trois documents lui permettant de nourrir son propos comme d’argumenter son point de vue.
  • Troisième partie (d’une durée indicative de 1 heure 30) : création artistique. À partir d’un dossier constitué d’un texte d’une page maximum accompagné de deux documents iconographiques, le candidat élabore une note d’intention proposant une interprétation scénique en imaginant le jeu d’acteurs qui pourrait être mobilisé.

L’épreuve est notée sur 20 points, répartis en 8 points pour la première partie, 4 points pour la deuxième partie et 8 points pour la troisième partie.

Pratique chorégraphique

Objectifs
L’épreuve vise à évaluer les compétences du candidat relatives aux pratiques chorégraphiques et ses connaissances sur le fonctionnement du corps dans le mouvement dansé du programme de terminale défini dans l’arrêté du 31 juillet 2019 publié au BOEN du 29 août 2019. Il doit faire preuve de son niveau technique, de la qualité de son interprétation et de sa créativité.
Structure
L’épreuve est organisée en trois parties.

Première partie (d’une durée indicative de 15 minutes) : interprétation chorégraphique. Durant le premier temps le candidat est évalué sur l’interprétation d’une composition personnelle sur une œuvre musicale de son choix en danse classique, contemporaine, jazz ou hip-hop d’une durée de 2 à 3 minutes 30. L’enregistrement musical de la composition est apporté par le candidat sur un support numérique.
Dans un deuxième temps, le candidat interprète une improvisation d’une durée de 1 minute 15 à 2 minutes, à partir d’un thème proposé par le jury. Le candidat peut choisir d’improviser en silence ou bien sur la proposition musicale faite par le jury.
Le troisième temps consiste en un entretien avec le jury, d’une durée 10 minutes, lors duquel le jury interroge le candidat sur sa composition personnelle et son improvisation afin d’apprécier ses capacités à expliciter sa démarche de composition et son expérience d’interprétation en relation avec sa culture chorégraphique et son parcours de formation.

Deuxième partie (d’une durée indicative de 15 minutes) : analyse musicale. Après l’écoute d’un bref extrait d’une œuvre musicale d’environ 1 minute diffusé à deux reprises successives, le candidat répond aux questions du jury. Celles-ci peuvent être relatives au style, à l’organisation rythmique, à la texture instrumentale et/ou vocale, à l’organisation des phrases mélodiques ou à tout autre élément remarquable caractéristique de l’extrait diffusé. Les réponses corporelles sont possibles ou peuvent être demandées par le jury.

Troisième partie (d’une durée indicative de 20 minutes) : interrogation sur les sciences et connaissances sur le corps. L’épreuve consiste en une interrogation orale portant sur le programme du cycle terminal du volet sciences et connaissances sur le corps. Les questions posées par le jury visent à apprécier les connaissances du candidat sur le fonctionnement du corps humain, et ses capacités à mettre en lien ses savoirs théoriques avec sa pratique de la danse et, plus largement, avec les usages corporels dans la société.

L’épreuve est notée sur 20 points, répartis en 10 points pour la première partie (4 points pour le premier temps, 2 points pour le deuxième temps et 4 points pour le troisième temps), 4 points pour la deuxième partie et 6 points pour la troisième partie.

Pratique musicale

Objectifs
L’épreuve vise à évaluer les compétences du candidat relatives à la pratique musicale et à certaines composantes de la technique de la musique du programme de terminale défini dans l’arrêté du 31 juillet 2019 publié au BOEN du 29 août 2019.
Structure
L’épreuve est organisée en quatre moments successifs.

Premier temps (d’une durée maximum de 15 minutes) : interprétation comprenant le programme et la présentation.

Pour les candidats instrumentistes : le candidat présente et interprète un programme comportant :
– une œuvre du répertoire, antérieure à 1950, tirée des programmes instrumentaux en cycle 3 de formation à la pratique amateur au sein des établissements d’enseignement artistique classés ou reconnus par l’État partenaires. Les candidats peuvent présenter un programme d’un niveau plus élevé ;
– une œuvre du langage contemporain, du même niveau de difficulté technique. Pour cette œuvre, les candidats sont autorisés à jouer avec la partition.
Les instruments admis sont ceux qui font l’objet d’un enseignement dans les établissements d’enseignement artistique classés ou reconnus par l’État, à rayonnement régional. Le candidat communique au jury au début de l’épreuve deux exemplaires des partitions du programme.

Pour les candidats chanteurs : le candidat présente et interprète par cœur un programme comportant deux œuvres d’époque et de langue différentes, comprenant :
– une mélodie et/ou un lied ;
– un air d’opéra, d’opérette, d’opéra-comique ou de musique sacrée.
Le candidat communique au jury au début de l’épreuve deux exemplaires des partitions du programme présenté.

Pour les candidats relevant d’un parcours de formation jazz ou musiques actuelles : le candidat présente et interprète un programme de deux œuvres ou standards de son choix, l’un des deux pouvant être une composition personnelle. Le candidat peut réaliser cette interprétation seul (avec un support d’accompagnement enregistré, qui est diffusable sur un système de diffusion audio fourni par l’établissement accueillant les épreuves) ou en groupe de quatre accompagnateurs maximum. Le choix des éditions, supports ou relevés de ces standards est libre. Il est toutefois recommandé de communiquer au jury au début de l’épreuve un exemplaire des supports utilisés.

Pour les candidats relevant d’un parcours de formation aux musiques traditionnelles : le candidat présente et interprète un programme de deux œuvres comportant :
– une danse ou suite de danses (ou une marche ou suite de marches, ou une complainte) issue(s) de l’aire culturelle choisie par le candidat ;
– une danse ou suite de danses issue d’une esthétique différente de la première œuvre.
Il est recommandé de communiquer au jury au début de l’épreuve un relevé thématique ou un schéma explicitant chacune des œuvres du programme.

Pour les candidats relevant d’un parcours de formation en composition-création :
– le candidat présente, puis diffuse une courte illustration sonore, d’une durée de 5 minutes, qu’il aura réalisée d’après un argument ou une image qu’il aura choisi et communiqué au jury ;
– le candidat présente et commente un dossier d’œuvres personnelles incluant un texte explicitant sa démarche de composition-création (format six pages maximum) accompagné d’illustrations sonores au format CD audio. Le jury sera amené à questionner le candidat sur ce dossier afin d’apprécier son niveau de connaissances techniques. Le dossier sera communiqué au jury cinq jours avant le commencement des épreuves.

Deuxième temps (d’une durée maximum de 10 minutes) : création/invention.

Le candidat présente un projet de création/invention musicale qu’il a mené durant l’année scolaire et précise les formes qu’il envisage pour en assurer la médiation auprès d’un public donné. Il présente les choix artistiques et techniques qui ont présidé à son travail, identifie les influences qui l’ont nourri et développe les liens que le travail mené entretien avec au moins l’une des trois perspectives de travail issues des champs de questionnement obligatoirement rencontrées en classe de terminale. Sa présentation s’adosse à des exemples musicaux, certains chantés ou joués sur un instrument, d’autres proposés au départ d’un enregistrement du travail réalisé.

Troisième temps (d’une durée maximum de 10 minutes) : pratique collective.

Le candidat diffuse quelques extraits vidéo représentatifs d’une pratique collective musicale menée durant l’année scolaire (sur un système de diffusion vidéo fourni par l’établissement accueillant les épreuves). Il en présente les caractéristiques, les enjeux artistiques et les difficultés techniques qu’il a fallu surmonter. Il précise le rôle qu’il a joué et la place particulière qu’il occupe dans l’interprétation diffusée. Il précise enfin les apports de ce travail collectif à l’approfondissement de sa pratique musicale individuelle.

Quatrième temps (d’une durée maximum de 15 minutes) : entretien avec le jury.

L’entretien permet au jury d’approfondir certains aspects des compétences et connaissances du candidat dont témoignent les moments précédents. Que ce soit sur l’interprétation, la création/invention ou la pratique collective, le candidat peut alors préciser ses démarches, faire valoir le regard qu’il porte sur sa pratique et les orientations du travail qu’il souhaite investir à l’avenir. Le jury est également amené à interroger le candidat sur la connaissance de son corps en lien avec la pratique musicale qu’il privilégie.

L’épreuve est notée sur vingt points, répartis en cinq points pour chaque temps de l’épreuve.

Pratique théâtrale

Objectifs
L’épreuve vise à évaluer les compétences du candidat relatives aux pratiques théâtrales et au jeu de l’acteur du programme de terminale défini dans l’arrêté du 31 juillet 2019 publié au BOEN du 29 août 2019.
Structure
L’épreuve est organisée en deux parties précédées de 30 minutes de préparation.

Première partie (d’une durée maximum de 15 minutes suivie de 10 minutes d’entretien) : création théâtrale.

Un texte est soumis au candidat. Après un temps de préparation de 30 minutes, il en présente une proposition personnelle. À l’issue de la proposition, un échange avec le jury lui permet d’expliciter ses choix, d’analyser les difficultés ou les succès de leur mise en œuvre.

Seconde partie (d’une durée maximum de 15 minutes de présentation suivie de 10 minutes d’entretien) : interprétation théâtrale.

Avant le début de l’épreuve, le candidat propose au jury une liste de cinq à sept scènes préparées et accompagnées chacune d’une courte note d’intention afin de permettre au jury de choisir la scène qu’il va lui demander d’interpréter. Il interprète l’une d’entre elles choisie par le jury au début de cette partie d’épreuve et, à l’issue de son interprétation, un entretien permet au jury de l’interroger sur son interprétation et les choix scéniques qu’il a effectués. En réponse aux questions du jury, mais également pour illustrer son propos et sa réflexion, le candidat peut être amené à rejouer certains passages du texte présenté.

L’épreuve est notée sur 20 points. Le barème est construit de manière à attribuer 10 points à la première partie et 10 points à la seconde partie.

Des évolutions notoires

Si les modifications paraissent assez mesurées pour ce qui concerne la danse — on notera la disparition de la fameuse « variation du ministère » et la prise en compte du volet sciences et connaissances sur le corps pour l’épreuve élargie d’anatomie —, elles sont netement plus substantielles, pour la musique, tant sur le plan du contenu (varié et dense) que de la forme (alternance de « moments ») et de la durée (50′ pour l’épreuve pratique).

L’épreuve instrumentale avait déjà évolué à l’occasion de la session 2017 avec une nouvelle dénomination — épreuve d’interprétation et non plus d’exécution — et, surtout la possibilité pour le candidat de choisir en toute liberté les œuvres à jouer, la liste d’œuvres préétablies ou d’œuvres imposées ayant été supprimée à cette occasion. Il s’agissait de permettre à l’option instrument de la série d’accueillir une plus grande diversité de profils, d’excellents instrumentistes autant que d’autres, de niveaux plus modestes, mais qui peuvent dans ce cadre scolaire particulier aussi bien poursuivre leur parcours de formation musicale et instrumentale que réussir un parcours scolaire exigeant.

Le retour de la référence au programmes instrumentaux en cycle 3 de formation à la pratique amateur ne semble pas remettre en cause cette vision des profils des candidats, puisque une note de commentaire parue en septembre 2020 vient judicieusement rappeler que la référence au cycle 3 doit être envisagée avec souplesse afin de permettre l’évaluation juste de candidats de niveaux différents. Certains peuvent ainsi relever d’un début de cycle quand d’autres peuvent être parvenus à son terme.

Plus étonnante, en revanche, cette précision que les candidats sont autorisés à jouer avec la partition pour l’œuvre du langage contemporain. Faut-il en déduire que l’œuvre du répertoire antérieure à 1950 doit donc être jouée de mémoire ? Voilà qui serait assez contradictoire avec la volonté de permettre l’accès à cette filière à des élèves de niveaux plus modestes, dont la destinée n’est certainement pas d’intégrer un des deux CNSM ou autres PESMD, et pour lesquels le jeu « par cœur » peut constituer un réel handicap… Une question à poser aux tutelles sans tarder.

Le projet de création/invention musicale qu’a mené un élève durant l’année scolaire constitue une nouveauté très intéressante mais qui mobilise des compétences spécifiques qui ne sont pas des plus faciles à acquérir à ce niveau de scolarité quand on sait qu’assurer la médiation auprès d’un public donné est déjà parfois bien difficile pour des interprètes professionnels ! Enfin adosser sa présentation à des exemples musicaux, certains chantés ou joués sur un instrument, d’autres proposés au départ d’un enregistrement du travail réalisé nécessite un travail de préparation conséquent dont on peut légitimement se demander par quel(s) enseignant(s) des deux structures il sera accompagné.

Le troisième temps (pratique collective) constitue également une nouveauté et mobilise des compétences variées de la part des élèves puisque, outre la préparation d’une forme de work in progress qu’il leur faudra présenter, ils devront aussi être capables de fournir un enregistrement audiovisuel qui garantit que chacun des candidats a bien été l’un des interprètes de la pièce présentée. Là encore, se pose la question de l’accompagnement pédagogique qui ne peut reposer sur le seul professeur d’éducation musicale et de chant choral du lycée.

Enfin, la composition du jury qui est mentionnée de façon explicite pour les épreuves de pratique ne manque pas d’interroger au regard du nombre très réduit de ses membres, alors que jusqu’à présent, il était multiple du fait de la présence de nombreux professeurs d’instruments, en fonction des disciplines instrumentales des différents candidats.

Pour la musique, le jury associe un professeur relevant d’un établissement d’enseignement artistique partenaire et un professeur de musique ou d’éducation musicale relevant du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Pour la danse, il associe un professeur titulaire du DE ou du CA de professeur de danse, un professeur compétent en formation musicale, et un professeur compétent dans le domaine des sciences et connaissances sur le corps. Parmi les membres du jury figurent un enseignant de l’éducation nationale et un enseignant d’un établissement d’enseignement artistique classé ou reconnu par l’État.

Pour le théâtre enfin, ce jury est composé d’un professeur relevant d’un établissement d’enseignement artistique partenaire et un professeur de théâtre relevant du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse3.

À nouveau dans l’urgence…

Que ce soit au niveau des programmes et de leur appropriation comme des épreuves terminales du baccalauréat, il apparaît qu’un travail conséquent doit être conduit de toute urgence par les équipes pédagogiques, afin de donner toutes leurs chances à ces élèves qui ont déjà largement fait les frais d’un confinement strict alors qu’ils étaient en classe de Première et dont on voit, hélas, que leur année de Terminale s’annonce déjà très perturbée par la seconde vague !

Au vu de ce qui précède et à la différence des années précédentes, l’accompagnement au baccalauréat des ces quelques 300 élèves sur le plan national4 doit être partagé entre les professeurs du conservatoire et le professeur du lycée5, lequel ne peut assumer à lui seul les évolutions des programmes et des épreuves qui résultent de la réforme qui, entre autres, a pour objectif d’empêcher sa disparition.

Dans cette période cruelle où la question de savoir si une activité est essentielle ou non est posée, nul doute que les enseignants concernés seront au rendez-vous, et cela d’autant plus que ces élèves, pour le moment, sont autorisés à venir prendre leurs cours au sein des conservatoires !


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  1. Compte tenu de la crise sanitaire et pour garantir que les élèves seront interrogés sur des éléments effectivement étudiés dans le cadre des programmes, toutes les disciplines concernées proposeront deux sujets ou des exercices au choix afin de couvrir l’ensemble des thématiques étudiées.
  2. Voir Réglementation relative aux épreuves « à caractère professionnel » du baccalauréat, un document qui présentait la nouvelle session d’examen de 2017 avec des épreuves qui venaient d’être réformées.
  3. Sauf erreur, il n’y a pas de professeurs de théâtre en tant que tel au sein de l’Éducation nationale. Il doit s’agit de professeurs détenteurs de la certification complémentaire théâtre, laquelle leur permet de valider des compétences particulières dans le domaine du théâtre, compétences qui ne relèvent pas du champ de leurs concours.
  4. On dénombrait un peu moins de 900 élèves inscrits en 2nd, 1ère, terminale TMD en 2018-2019 en France. Des chiffres qui illustrent la fragilité de cette filière !
  5. La chose est un peu différente pour le théâtre, du fait de la présence à ses côtés d’un enseignant du lycée ayant obtenu la certification théâtre.

3 commentaires

Merci pour ce descriptif !
je ne vois pas d’allusion à l’épreuve facultative musique du Bac…..
Or d’après mes informations celle ci a été tout bonnement supprimée. …

Nicolas Stroesser

L’option facultative musique reste d’actualité mais les modalités de son évaluation ont changé. En effet, l’évaluation se fait désormais sous la forme d’un contrôle continu qui comprend les notes obtenues aux épreuves communes de contrôle continu, pour une part (30 %) et la prise en compte, pour une autre part (10 %) de l’évaluation chiffrée annuelle des résultats de l’élève au cours du cycle terminal, attribuée par les professeurs et renseignée dans le livret scolaire.
De façon indéniable, la réforme a eu pour conséquence de voir disparaitre cette option dans certains lycées car, tout en étant relativement gourmande en heures de cours, l’absence de « points bonus » au bac fait qu’elle est jugée moins attractive par les lycéens. Un argument mis en avant par certains proviseurs lors des arbitrages de leur dotation horaire globale (DHG).
En revanche, il semble bien que les élèves se saisissent pleinement de la réforme du Lycée puisque le ministère a recensé plus de 400 combinaisons des trois enseignements de spécialité en classe de Première.
Si la combinaison mathématiques – physique-chimie – sciences de la vie et de la Terre reste la plus demandée, elle connaît une diminution de demandes par rapport à l’année précédente (-3,7 %)
Bonne nouvelle ! les spécialités artistiques, traditionnellement peu choisies, sortent revigorées de la réforme. Le cinéma, la musique, le théâtre sont choisis par moins de 1 % des jeunes, mais mises bout à bout, les sept spécialités arts attirent 19 303 élèves de terminale, dont la moitié en arts plastiques. En 2019, 11 266 élèves avaient présenté le bac L arts (toutes sous-spécialités confondues).
Le détail de l’épreuve de l’enseignement de spécialité « arts » de la classe de terminale de la voie générale à compter de la session 2021 de l’examen du baccalauréat figure dans le BO spécial n°2 du 13/02/2020.

Comme d’habitude : un exposé très clair et des questions judicieuses, qui permettent de s’approprier le sujet .
Merci Nicolas .

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