Équipes de direction et pédagogiques des conservatoires : J-3 pour la rentrée !

29/08/2020

Il faut en prendre acte : à moins de trois jours de la rentrée scolaire, il n’existe à cette heure aucun document actualisé émanant des services centraux du ministère de la Culture concernant la reprise des établissements d’enseignement artistique, alors qu’il lui revient pourtant d’assurer le classement d’une partie d’entre eux (très petite, il est vrai). Seul reste accessible à ce jour le document intitulé Aide à la reprise d’activité des conservatoires classés et des lieux d’enseignements artistiques publics, dans sa version du 26 juin dernier et dont les préconisations s’inscrivent dans un cadre qui a, notamment du côté de l’Éducation nationale, profondément évolué depuis. Autant dire qu’il n’est d’aucun secours à l’aube de cette reprise qui, hélas, s’effectuera dans le contexte anxiogène de la covid-19.

Faut-il pour autant continuer à espérer la parution d’une actualisation de ce guide d’aide à la reprise, sachant très bien qu’un tel document ne pourra aller plus loin, dans ses préconisations en matière sanitaire, que ce qui circule déjà très largement — et de façon officielle cette fois — tant dans le domaine de l’enseignement, de l’éducation que des pratiques sportives, sans parler des résultats d’études scientifiques dédiées aux pratiques artistiques instrumentales et vocales, ainsi qu’aux divers retours d’expérience faisant suite à la reprise de l’activité professionnelle dans le domaine du spectacle vivant de la danse, de la musique et du théâtre ?

Ne vaut-il pas mieux, tout simplement et plutôt que de se lamenter en pure perte, faire l’inventaire des sources dont on dispose et qui, même si elles ne traitent pas de toutes les situations rencontrées, apportent néanmoins beaucoup de matière ? C’est ce que propose très modestement ce billet, étant entendu qu’il ne saurait se substituer aux mesures réglementaires, bien évidemment !

Les conservatoires sont des établissements d’enseignement

Les conservatoires demeurent des établissement d’enseignement et sont reconnus comme tels par le Code de l’Éducation (article R.461-1). À ce titre, il parait donc parfaitement logique de transposer les préconisations qui figurent dans le protocole sanitaire de la rentrée scolaire et de se baser sur le niveau de doctrine qui est préconisé par le Haut conseil de la santé publique (HCSP) dans son avis du 7 juillet, — à savoir et à ce jour, la doctrine 3 (voir billet Indovea du 13 août). Cette doctrine s’articule autour de règles sanitaires plus souples afin de permettre un accueil capacitaire nominal, c’est-à-dire correspondant à la totalité des élèves1.

Levons ici d’emblée une ambiguïté concernant la danse, en évitant d’associer les salles de danse (ERP de type P) — qui ne sont pas encore autorisées à ouvrir —  aux structures d’enseignement de la danse (ERP de type R et, également parfois de type X) qui correspondent aux écoles de danses et conservatoires qui, eux, sont bien autorisés à accueillir leurs publics2.

Cela étant et à la différence des écoles, collèges et lycées qui fonctionnent, pour l’essentiel de leurs activités, en groupe classe et avec des élèves appartenant à des tranches d’âges bien délimitées (3-6, 7-10, 11-15, 16-18 ans), les conservatoires accueillent des élèves de 4 à 85 ans dans des configurations très diversifiées (cours individuels, cours collectifs, pratiques collectives, musiciens, danseurs et comédiens). À la différence encore de l’Éducation nationale, les attentes des élèves tout comme celles de leurs familles sont égale­ment très variées, de l’activité de loisir éducatif à une demande plus exigeante d’accompagnement d’une pratique artistique pouvant aller jusqu’à l’enseignement pré-supérieur. S’ajoutent enfin à cela de nombreux projets d’action culturelle (auditions, concerts, spectacles, …) qui brassent un public important.

Des adaptations indispensables et réalistes

Compte tenu de tous ces éléments, des mesures spécifiques aux pratiques artistiques doivent être prises en fonction de certaines dispositions réglementaires3, des données scienti­fiques disponibles et des recommandations issues du domaine du spectacle vivant. Elles concernent principalement les pratiques collectives vocales et instrumentales ainsi que certaines pratiques indivi­duelles instrumentales du fait, notamment, de l’utilisation partagée d’un même instrument par plusieurs élèves (piano, clavecin, percussions et harpe, …), mais également la danse dont la pratique en régime nominal s’avère complexe et, surtout, assez peu documentée à ce jour, tout comme d’ailleurs pour le théâtre4 !

Minimiser le risque

La doctrine du HCSP, comme chacun sait, repose sur la déclinaison de mesures non pharmaceutiques – les fameux « gestes barrières » –, complétées par des mesures environ­nementales et organisationnelles. Lorsqu’il n’est pas possible d’éliminer totalement un danger, comme cela est le cas pour un certain nombre de situations de travail dans le contexte épidémique actuel, il convient de prendre des mesures de pro­tection ou de réduction des risques comprennent différentes familles de mesures5. Il s’agit :

  • Des mesures techniques, pour diminuer les risques liés à la situation de travail des personnels (ventilation, …) ;
  • Des mesures organisationnelles. Le but est ici d’adapter les procédures de travail pour réduire ou minimiser l’exposition à un danger ;
  • De la mise en œuvre de pratiques favorisant la sécurité au poste de travail afin de réduire la durée, la fréquence ou l’intensité de l’exposition à un danger, en intégrant, là encore, les « gestes barrières » ;
  • Et, en dernier lieu, du recours à des équipements de protection individuelle (EPI).

Il faut ici bien souligner que c’est en combinant les différentes mesures de protection qu’il sera possible d’atteindre un niveau de protection global satisfaisant, car aucune des dispositions prises en application de ces prin­cipes ne constitue une mesure efficace à elle seule, tout en rappelant que, selon le principe ALARP (As low as reasonably practicable), il subsiste un risque résiduel qui ne peut être quantifié à l’heure actuelle. Faut-il pour autant priver les élèves d’une éducation artistique ? Il semble que la réponse soit non.

Rappel des mesures génériques

Ces mesures figurent dans le protocole sanitaire de l’Éducation nationale et sont désormais bien connues de tout le monde :

Rôle des parents
Ils jouent un rôle essentiel en s’engageant à ne pas mettre leurs enfants au conservatoire en cas de fièvre (38°C ou plus) ou en cas d’apparition de symptômes évoquant la Covi-19 chez l’élève ou dans sa famille.

Distanciation physique
Hormis les dispositions particulières liées à certaines pratique artistiques (voir ci-dessous), la distanciation physique n’est plus obligatoire lorsqu’elle n’est matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves. Néanmoins, les espaces pourront être organisés de manière à maintenir la plus grande distance possible entre les élèves.

Port du masque
Le port du masque « grand public » (ou à usage médical pour les personnes à risque de forme grave) est obligatoire pour toutes les personnes de 11 ans et plus, sauf durant les temps de pratiques artistiques6, bien qu’il soit toutefois recommandé, chaque fois que la situation le permet. Il appartient aux familles de fournir les masques à leurs enfants et aux élèves majeurs de venir équipés de leur masque et les enseignants devraient se voir dotés de masques par leur collectivité. Lorsque le port du masque est impossible, il convient d’augmenter la distance entre les personnes (2 mètres au minimum).

Lavage des mains
Outre le port du masque et le respect, chaque fois que cela est possible, de la distance physique, le lavage des mains demeure l’une des mesures les plus efficaces contre la propagation du virus. Il consiste à laver à l’eau et au savon toutes les parties des mains pendant 30 secondes. Le séchage doit être soigneux, si possible en utilisant une serviette jetable, sinon en laissant sécher ses mains à l’air libre. A défaut, l’utilisation d’une solution hydroalcoolique peut être envisagée, sous l’étroite surveillance d’un adulte pour les enfants d’âge primaire.

Ventilation des classes et autres locaux
C’est aujourd’hui un point de première importance pour faire face à la suspicion d’un risque de propagation du virus via les aérosols. Ainsi il convient de veiller tout particulièrement à assurer une bonne ventilation des locaux, que celle-ci soit mécanique ou manuelle, auquel cas une aération régulière, par ouverture en grand des ouvrants (fenêtres…), doit être assurée au minimum pendant 15 minutes, toutes les trois heures et, si possible, à chaque interclasse.

Brassage
La limitation du brassage entre classes et groupes d’élèves n’est plus obligatoire pour les établis­sements scolaires. Cela étant, il parait essentiel de veiller au bon dérou­lement des journées et des activités en limitant, chaque fois que cela est possible, les regrou­pements et les croisements d’élèves. Contrairement aux écoles, collèges et lycée, la circulation des élèves d’un conservatoire n’est pas rythmée par une sonnerie à heure fixe. La multiplicité des emplois du temps facilite la fluidité des déplacements et, hormis les orchestres, chœurs, cours de danse, …, les effectifs des classes (de Formation musicale, par exemple) ne dépassent rarement une quinzaine d’élèves. Des dispositions particulières devront être prises, en lien avec les établissements concernés pour les élèves inscrits en classes à horaires aménagés.

Nettoyage et désinfection des locaux et matériels
Conformément aux préconisations du protocole scolaire, un nettoyage des sols et grandes surfaces (tables et bureaux) est réalisé au minium une fois par jour. Un nettoyage des surfaces les plus fréquemment touchées par les élèves et les personnels, comme les poignées de portes est également réalisé au minimum une fois par jour. Les élèves viennent munis de leur propre petit matériel et, majoritairement, avec leurs propres instru­ments dont ils assurent l’entretien courant.

A cet égard, la Chambre Syndicale de la Facture Instrumen­tale (CSFI) a publié un guide détaillé d’entretien consultable en ligne. Les instruments partagés pourront faire l’objet, lorsque cela est possible, d’un nettoyage-désinfection avant et après chaque utilisation par le professeur. Le nettoyage de certains instruments (harpes, percussions, …) n’étant pas possible, la désinfection des mains avec une solution hydroalcoolique et le port du masque pourra être appliqué de façon stricte. De même, pour les claviers, un nettoyage des mains est recommandé pour chaque élève avant et après le cours. De son côté, l’enseignant pourra veiller à nettoyer régulièrement les touches des instruments qu’il utilise en cours. Des lingettes et du gel pourraient être mis à leur disposition par l’établissement.

Le cas de la danse

Une attention particulière pourra être également portée à la désinfection des poignées, boutons, barres de danse, miroirs, tapis, sols, éléments de scénographies avec lesquels élèves et enseignants sont en contact. Le travail au sol pour la danse est un élément régulier de l’activité des élèves danseurs dans le cadre des cours. Aussi, le nettoyage-désinfection du sol devra être effectué avec un soin particulier, si possible après chaque cours, ce qui impliquera parfois une réduction du temps de cours, le temps étant équivalent à la réalisation de cette intervention. Il faut ici mentionner le guide proposé par la Fédération française de la danse (version du 27 août) qui, à ma connaissance, est le seul document accessible au public et portant spécifiquement sur la danse7.

Des mesures spécifiques

« Aujourd’hui, et c’est une bonne nouvelle, nous en savons beaucoup plus sur les modes de transmission du virus, notamment sur la façon dont il se propage à l’intérieur des bâtiments mal ventilés, en particulier quand un grand nombre de personnes se rassemblent et parlent fort ou chantent. »
OMS – Conférence de presse du 20 août,

De son côté, le HCSP recommande de privilégier la mise en œuvre de mesure de dilution par aération et de vérifi­cation du bon fonctionnement des systèmes de ventilation.

C’est donc principalement sur la question du nombre de personne, du confinement des espaces et de la qualité de la ventilation que doivent porter les mesures spécifiques à prendre afin de réduire le plus possible le risque de propagation du virus. La durée des activités est également à prendre en compte.

Il apparait, que pour une part importante des activités des établissements d’enseignement artistiques, les mesures génériques semble suffisantes pour assurer la sécurité sanitaire des personnels et des élèves, tout en permettant l’accueil de tous les élèves.  Sont concernés la très grande majorité des cours d’instruments qui sont individuels et l’ensemble des cours de formation et de culture musicale, du fait d’effectifs le plus souvent limités à 15 élèves. Il en va de même pour une partie des cours de théâtre, en fonction des effectifs de classe, bien qu’il faille probablement considérer cette spécialité comme la pratique du chant choral, compte tenu de sa spécificité (intensité vocale, notamment).

En revanche, il convient de prendre des dispositions spécifiques pour les orchestres et pour la pratique du chant choral en raison, principalement, du nombre important d’élèves pour chacun des groupes et de la taille des salles qui peuvent souvent être réduites. Il en va de même pour la danse qui peut être assimilée à une forme de pratique sportive pou laquelle les préconisations officielles vont également dans le sens d’un assouplissement.

Comme l’indique la note d’appui scientifique et technique de l’ANSES, c’est en jouant sur plusieurs paramètres qu’il sera possible de préciser ces mesures particulières.

Les mesures techniques visent à réduire l’exposition aux dangers, sans dépendre du comportement des usagers. Au vu des voies de transmission préférentielles que sont l’inhalation gouttelettes et le manu­portage, l’aération régulière est un point de vigilance essentiel, tout comme le nettoyage des surfaces de contact. Les mesures organisationnelles visent à organiser le maintien de l’activité en limitant le nombre de personnes, en établissant des plannings alternés qui réduisent le nombre total d’élèves tout en maintenant un enseignement régulier. La durée des activités est à prendre en compte dans ce cadre tout comme l’information spécifiques des usagers qui entre dans cette catégorie de mesures. Les pratiques favorisant la sécurité dans les environnements et situations de travail consistent à fournir des ressources (masques, lingettes, …) et un environnement de travail qui favorise l’hygiène personnelle, ainsi qu’à exiger un lavage régulier des mains ou utiliser des désinfectants.

Les partenaires de l’établissement

C’est une évidence ; de par le développement important des collaborations, les partenaires doivent veiller à la cohérence des protocoles et modalités de fonctionnement réciproques. De façon très majoritaire en effet, les élèves sont communs à différents établissements. Outre le partage d’information régulier sur l’ensemble de ces problématiques, il apparait plus que nécessaire de définir, en amont et de façon précise, la conduite à tenir, notamment, en cas de déclaration d’un ou plusieurs cas de covid dans l’un ou l’autre des établissements, que ce soit chez les élèves ou chez les enseignants. A minima, du côté du conservatoire, il semble qu’une information du Directeur académique pourra permettre de déclencher la procédure auprès de l’agence régionale de santé, a qui il reviendra de mettre en place le traçage des cas contacts. Ce point est à définir avec l’autorité territoriale dont relève le conservatoire.

Impliquer tous les personnels

Associer à la réflexion les enseignants en charge des pratiques artistiques nécessitant une attention particulière peut permettre de les responsabiliser et de garantir ainsi la bonne appropriation des préconisations qu’ils  pourront proposer et qui pourront être complétées. Mais d’une manière plus générale, c’est l’ensemble de l’équipe pédagogique qui doit être pleinement mobilisée et à qui il faut faire confiance pour trouver le meilleur équilibre entre le maintien des activités et la sauvegarde la sécurité sanitaire. Ceci demande une grande agilité et adaptabilité, dans un contexte mouvant comme on peut le constater, avec ces départements qui passent du vert au rouge.

Enfin, et pour reprendre le propos d’un inspecteur d’académie, « il y aura très certainement des cas de covid parmi les élèves, voire parmi les enseignants. Pour autant, les mesures à prendre se décideront en temps réel et sur une difficile ligne de crête qui sépare accueil de tous les élèves dont on sait les besoins éducatifs et mesure permanente du risque sanitaire ».

En vous souhaitant à toutes et à tous une rentrée la plus sereine possible !

Quelques sources d’information récentes ou actualisées :


Cet article est mis à disposition selon les termes de la licence http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr (Attribution / Pas d’utilisation commerciale / Partage dans les mêmes conditions)

  1. Rappelons cependant que l’avis du HCSP du 7 juillet sur lequel se fonde la plupart des protocoles en vigueur actuellement et bien que concernant plus particulièrement les milieux scolaire, universitaire et d’accueil collectif des mineurs, précise néanmoins qu’il peut aussi s’appliquer plus généralement aux différents lieux recevant du public et, à ce titre, concerner également les structures privées œuvrant dans le secteur de la pratique artistique.
  2. Voir le décret n°2020-860 du 10 juillet 2020.
  3. Voir le décret n°2020-860 du 10 juillet 2020.
  4. L’ANPAD organise un webinaire spécifique à l’intention de ses adhérents, mais qui est également ouvert aux professeurs de théâtre ou membres des équipes de direction le mercredi 2 septembre de 18h à 19h30. Renseignements et inscription : administration@anpad.fr
  5. Voir la note d’appui scientifique et technique révisée de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail du 5 juin 2020 (ANSES).
  6. Article 45 du décret n° 2020-860 du 10 juillet.
  7. On s’étonnera au passage du silence assourdissant du Centre national de la danse (CND), une institution pourtant dépendante du ministère de la Culture et de la Communication et qui est dévolue à la danse sous tous ses aspects…

3 commentaires

Blondeau Céline

Merci bonne rentrée à vous !
Céline Blondeau

Olivier Terrals

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » Roselyne a promis un nouveau document de matin à la radio…

Sincèrement merci de ce travail de veille, récolte, organisation et synthèse des informations, et du ton positif et constructif qui court tout le long de l’article !

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