Bamberg Symphony Orchestra : des scientifiques mesurent les émissions d’aérosols

11/05/2020
Une excellente nouvelle !

Cet article publié sur le site d’une télévision allemande et que j’ai traduit pour les lecteurs et lectrices d’Indovea, mentionne un travail de recherche passionnant qui, semble-t-il, permet de redonner confiance aux instrumentistes à vent par rapport à la question des aérosols.

Article du 5 mai 20201
Les scientifiques de l’Orchestre symphonique de Bamberg cherchent à mesurer l’importance des déplacements d’air pour un trombone, une clarinette ou un cor. En effet, la production d’aérosol est considérée comme particulièrement risquée en période de Covid.

C’est à partir du 5 mai que l’Orchestre symphonique de Bamberg enquêtera sur la quantité d’aérosols émise par les instrument à vents et les cuivres lorsqu’ils jouent, étant donné que ces instruments sont considérés comme pouvant être risqués dans le cadre de la pandémie. Si un instrumentiste est atteint par la maladie, il pourrait propager le virus autour de lui, au travers de l’air qu’il respire.

De trois à douze mètres

C’est pourquoi il est actuellement préconisé que les cuivres jouent à une distance de trois à douze mètres afin de maintenir la protection contre le risque de transmission.

« Cependant, nous pensons que jouer une clarinette ou, par exemple, un cor ne libère pratiquement pas d’aérosols car le débit de l’air dans l’instrument est ralenti là où les sons sont générés », a déclaré Marcus Axt, directeur du Bamberg Symphony Orchestra.

Rendre visible les déplacements d’air dans un brouillard artificiel

Afin d’en avoir le cœur net, des experts d’une société de mécanique des fluides basée à Erlangen ont été chargés de mesurer les débits d’air s’échappant d’un instrument alors qu’il est joué, à l’aide de capteurs. De plus, les déplacements d’air ont été rendus visibles grâce au travers d’un brouillard artificiel. L’expérience a été observée par deux scientifiques de l’Institut de médecine de Fribourg, qui, jusqu’à présent, recommandaient une distance de trois à cinq mètres pour les instruments à vent.

Le déplacement de l’air respirable est à peine mesurable

Les premières investigations n’ont révélé pratiquement aucun déplacement d’air respirable mesurable pour les instruments à vent et les cuivres. Aucun tourbillon n’est apparu dans le brouillard artificiel, que ce soit sur le bonnet du basson ou sur le pavillon d’une trompette alors, qu’en revanche, si vous soufflez ou toussez directement, sans instrument, on observe de fortes turbulences.

Le Professeur Dr. med. Bernhard Richter de l’Institut de médecine de Fribourg a commenté les premières investigations : « Cela confirme nos attentes et nous rend confiants quant à l’avenir de la musique en public. »

Suite à ces mesures effectuées dans la salle de concert de Bamberg, d’autres tests doivent être effectués en laboratoire. Les résultats seront ensuite présentés aux virologues de Berlin et de Munich, pour permettre de formuler des recommandations officielles, dans le cadre du protocole du directeur Marcus Axt.

Musique sans danger

L’objectif de l’Orchestre symphonique de Bamberg et d’environ 130 autres orchestres professionnels en Allemagne est de pouvoir redonner des concerts le plus rapidement possible, sans mettre en danger la santé des musiciens et du public.

Voir la vidéo

  1. https://www.br.de/nachrichten/bayern/bamberger-symphoniker-wissenschaftler-messen-aerosolausstoss,Ry6T6OU

15 commentaires

Catherine Guinamard

Voilà une très bonne nouvelle pour commencer le déconfinement ! MERCI !

Jacques Simony

Très intéressant, mais attention la problématique des cours d’instruments à vent dans les conservatoires, ne devrait pas s’appuyer sur une étude faite au sein d’un orchestre de professionnels. Qui maîtrisent parfaitement leur colonne d’air.
Il faudrait qu’une étude similaire soit effectuée au sein d’un conservatoire pour en tirer des conclusions sur les précautions à prendre dans le cadre de l’enseignement des instruments à vent. Avec des publics qui maîtrisent plus ou moins bien leur technique de souffle.

Annick Hoerner

Très bonne nouvelle en effet! Par contre pour le chanteur, pas de barrière de l’instrument 😪

Nicolas Stroesser

…reste celle du masque, très efficace !
Voir : https://www.youtube.com/watch?v=9Ha6x7OA6QY&feature=youtu.be

Sylvie Hamet Landais

Bonjour, je lis avec grand intérêt vos articles et m’intéresse aux chanteurs et choristes. Je me demande vraiment comment est-il possible de respirer pour chanter sans s’étouffer avec un masque. Rien qu’en parlant , la voix est moins audible.
Savez-vous où se procurer ce modèle de masque qui semble magique?
merci beaucoup pour vos articles et votre veille efficace Sylvie Land

Merci Monsieur Stroesser de continuer de nous informer toujours du manière si affûtée !
En tant qu’instrumentiste à vent, j’apprécie toujours vos articles !
Nathalie

Anchesfaciles

Article très intéressant, merci,
A priori, cela dépend énormément du répertoire joué, du matériel joué, de la technique du musicien propre à chaque personne (jouer par exemple des anches très fortes ou faibles… jouer en force ou avec une grande souplesse de jeu) c est bien étonnant de ne pas prendre en compte ces variables assez fortes, ce sont surtout effectivement les personnes très proches qui peuvent recevoir les micro gouttelettes
Très bel article à ce sujet :
https://www.medecine-des-arts.com/fr/article/covid-19-musiciens-chanteurs-danseurs-circassiens-et-autres-artistes.php
Excellente journée à vous

L’article parle de ce qui est rassurant et, à mon avis, était assez prévisible. Mais comme disait Talleyrand « si cela va sans dire, cela va encore mieux en le disant ». Le problème serait plus, à mon avis, dans les respirations / expirations des instrumentistes à vent, et, évidemment, dans la « soufflerie » des flûtes traversières surr un biseau, qui doit pas mal projeter de particules…

Merci beaucoup pour la transmission de cette étude, nous attendons la suite avec impatience (Cyrille clarinettiste et membre d’un orchestre d’harmonie….)

Mais le problème n’est pas ce qu’il se passe lorsque l’on souffle dans l’instrument à vent mais ce qu’il se passe lors de la respiration (donc en dehors de l’instrument) au cours du jeux . Le hautboïste expire son air en trop et inspire avant de poursuivre sa phrase musicale ! Donc quand il expire…

Nicolas Stroesser

En effet, mais cet aspect fait l’objet, je crois, d’autres études et qui du reste ne sont pas spécifiques à la pratique musicale.
J’entends notre milieu professionnel exprimer son profond désarroi face à l’abandon dont il est l’objet. Ne devrions-nous pas nous réjouir de voir des professionnels se préoccuper de toutes ses problématiques ?

Stéphane Goyeau

Merci de relayer ces informations, en général et particulièrement en cette période si anxiogène.

Hélas je crains que cette étude ne présente pas de grand intérêt tant la démarche semble biaisée dans sa méthode.

Jamais il n’a été question d’un « courant d’air » créé au niveau du pavillon d’un instrument à vent, c’est bien méconnaitre la physique. et le déplacement du son, ce n’est pas l’air qui bouge mais bien la vibration qui se transmet dans l’air.
Les réelles problématiques se situent au niveau du geste de respiration (particulièrement au hautbois qui nécessite de vider l’air avec énergie lors de la respiration) ou au niveau de l’émission (flûte à bec ou traversière), les deux pour le chant, le théâtre…
Par ailleurs le joli brouillard sensé mesurer du supposé mouvement d’air au niveau du pavillon ou du bonnet du basson n’est pas en capacité de mesurer la présence d’aérosols en suspension dans l’air, bien plus dangereux dans le cadre de cette pratique en lieu clos.

Les musiciens sont comparables aux sportifs de haut niveau (beaucoup de nos élèves également, sans préjuger de leur niveau à l’instrument, l’engagement physique est important), nos chercheurs mesurent-ils les flux de respiration d’un athlète en plein effort ? Que d’air brassé après une journée de cours ou une répétition intense…

Hélas pour la bouffée d’espoir suscité par cette « étude », nous qui avons hâte de retrouver le chemin de nos conservatoires et/ou salles de concerts.

Nicolas Stroesser

Attention ! Il s’agit là d’un article « grand public » qui rend simplement compte de la mise en place d’une étude sans ne rien dire de son protocole scientifique. Il semble que le champ de cette étude, confiée à des physiciens (mécanique des fluides), porte principalement sur la question du déplacement de l’air et non sur la mesure de la présence ou non du SARS-CoV-2 dans les aérosols. Difficile question dont traitent d’autres études, apparemment très complexes. Le recueil et l’analyse de données épidémiologiques prennent du temps. Acceptons de laisser à tous ces scientifiques [un peu] de temps ; ah ! cette question du temps long… une donnée que les pédagogues ne manquent pourtant pas de mettre souvent en avant !
Oui, mais là il y a urgence, alors comment fait-on…?

Frédéric Vérité

merci Nicolas pour cette contribution bien instructive mais qui ne suffira sûrement pas à faire revenir « nos vents » profs et élèves très prochainement…

Attention : avec notre instrument, nous ne faisons pas que jouer !
En effet, lorsque nous jouons, nous produisons postillons et condensation, qui nous oblige à « vidanger » l’eau accumulée dans nos cuivres.
Pour cela, que faisons nous ? nous soufflons avec une énergie non négligeable en actionnant la clé d’eau.
Ce faisant, l’air est expulsé assez violemment par le pavillon et la clé d’eau… et les résultats des mesures allemandes seraient certainement bien différents dans cette situation. Les collègues alentour risquent fort d’en « profiter » très à leur détriment !!
Nous « vidangeons » pratiquement à chaque nouvelle intervention, après une période de non-jeu.
3 trompettes, 4 cors, 3 trombones, 1 tuba… ça fait un beau nuage de gouttelettes au sein de l’orchestre
Il ne faut pas oublier que l’activité au sein de l’orchestre n’est pas que le jeu : il est nécessaire de prendre également les autres contraintes en compte.

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