Rénovation de la série TMD, une réforme conduite au pas de charge !

31/05/2019
Mise à jour le 23/09/2019 (programmes actualisés)

En dévoilant en février 2019 le nouveau sigle de S2TMD pour Sciences et techniques du théâtre, de la musique et de la danse — par analogie aux autres séries technologiques1— , le ministère de l’Éducation nationale entendait bien mettre en œuvre dans un délai très resserré la réforme du baccalauréat technologique de l’actuelle série TMD (Techniques de la musique et de la danse).

Selon toute vraisemblance et malgré les vives réactions des professeurs d’éducation musicale et de chant choral en lycée2, les dispositions réglementaires qui sont prises en ce moment même entreront en vigueur à compter de la rentrée scolaire 2019 pour la classe de seconde et de première, et à compter de la rentrée 2020 pour la classe de terminale avec un impact non négligeable pour les établissements concernés.

Une filière atypique et très spécialisée

Atypique, du fait d’une organisation particulière (et unique) en lien avec les conservatoires, cette filière n’a connu que des évolutions marginales depuis la date de sa création, en 1977. Peut-être faut-il ici rappeler qu’elle a été principalement pensée à l’origine pour accompagner les élèves se destinant à une carrière d’artiste interprète, compte tenu du fait que certains d’entre eux abandonnaient leurs études secondaires à l’entrée au lycée pour pouvoir se consacrer pleinement à leur art. Les réveils étaient parfois douloureux en cas d’échec…

De ce fait, l’idée que le baccalauréat TMD serait exclusivement réservé aux élèves voulant avant tout devenir des professionnels de la musique ou de la danse et qui ambitionnent d’être un jour un virtuose ou une danseuse étoile reste, aujourd’hui encore, très ancrée dans les esprits. Le choix de cette filière est donc souvent source d’inquiétude pour des parents qui craignent de grosses difficultés pour leurs enfants en cas de changement d’orientation en cours de scolarité3, et cela d’autant plus que, bien souvent, les élèves brillants au conservatoire le sont également au lycée !

La réalité est pourtant bien différente et les cas de poursuite en études supérieures dans des voies différentes que celles conduisant aux métiers de musicien d’orchestre, de danseur ou d’enseignant artistique ne sont pas rares. Bien entendu, si le projet de l’élève est de viser les classes préparatoires étoilées en vue d’intégrer Polytechnique ou Centrale-Paris, cette orientation n’est pas la bonne ! A l’inverse, elle peut permettre à des élèves en difficulté scolaire ou au profil atypique d’obtenir un baccalauréat dont le spectre est plus large qu’on ne veut bien le dire, et cela pas uniquement dans le secteur du spectacle vivant. Cependant et dans son organisation actuelle, cette filière n’offre pas, il est vrai, de passerelles évidentes aux élèves qui s’y sont engagés.

Élargir l’offre de recrutement

24 lycées répartis sur 11 régions accueillent une population de 904 élèves selon des chiffres transmis récemment par le ministère de l’Éducation nationale. Ces lycées travaillent en collaboration avec 23 conservatoires à rayonnement régional (CRR)4. A plusieurs reprises, des aménagements ont été opérés pour tenter de densifier cette filière au plan national. Tel était l’objectif de la modification de la réglementation relative aux épreuves à « caractère professionnel » du baccalauréat TMD pour la session 2017, la principale évolution se situant alors au niveau de l’option « instrument ».

C’est ainsi qu’on pouvait lire dans le document de présentation d’Eduscol5 que cette épreuve « d’interprétation » – et non plus « d’exécution » – s’appuiera dorénavant sur des œuvres choisies par le candidat. Il n’y aura donc plus de « liste d’œuvres préétablies » ou « d’œuvres imposées ». Par cette évolution, il s’agit de permettre à l’option instrument de la série d’accueillir une plus grande diversité de profils, d’excellents instrumentistes autant que d’autres, de niveaux plus modestes, mais qui peuvent dans ce cadre scolaire particulier aussi bien poursuivre leur parcours de formation musicale et instrumentale que réussir un parcours scolaire exigeant.

Du côté de la danse, une nouvelle épreuve d’analyse se substitua à la traditionnelle « dictée ». Toujours selon ce même document, cette épreuve doit viser à évaluer les connaissances musicales du candidat en tenant compte qu’elles sont, en danse et pour une part, acquises par imprégnation corporelle. En revanche, l’épreuve d’interprétation chorégraphique comprend toujours bien la variation imposée parmi celles proposées annuellement par la DGCA6 pour les épreuves finales des diplômes de troisième cycle des conservatoires ainsi que la variation libre, mais pour laquelle le choix de la musique sera désormais laissé à la discrétion du candidat.

L’ajout du Théâtre dans le cadre de la réforme vise clairement à élargir l’offre proposée aux élèves, sous réserve que cette spécialité soit bien présente dans l’établissement d’enseignement artistique partenaire, ce qui est en principe le cas pour les CRR. Mais à la différence de la musique et de la danse qu’une majorité d’élèves de TMD pratiquent dès le primaire et le collège dans le cadre de classes à horaires aménagés, l’étude du théâtre débute le plus souvent à l’âge de 15 ans avec le cycle de détermination7. Tous les conservatoires ne proposent pas de cursus d’éveil (8-12 ans) ou d’initiation (13-15 ans) en art dramatique. Aussi et sans ce travail préparatoire essentiel, il est peu probable que les jeunes collégiens se déterminent en nombre important pour cette filière.

Un parcours commun avec les autres élèves en 2nde

L’actuelle seconde spécifique TMD disparait pour laisser la place à une seconde générale et technologique identique pour tous les élèves et qui comprendra des enseignements communs (français, histoire-géographie, langues vivantes, mathématiques, physique-chimie, …) auxquels s’ajoutera un enseignement optionnel intitulé « culture et pratique de la danse, du théâtre ou de la musique ».

A l’issue de la classe de troisième, la voie d’orientation en classe de seconde spécifique TMD est donc supprimée à compter de la rentrée scolaire 2019-2020. Les élèves qui souhaitent poursuivre en série S2TMD — mais pas que ! — pourront faire la demande d’une orientation en classe de seconde générale et technologique en choisissant cet enseignement optionnel technologique dont le suivi est obligatoirement subordonné à l’inscription dans l’établissement d’enseignement artistique partenaire du lycée. Cette option totalise 6 heures d’enseignement hebdomadaire

Selon le ministère, cette réorganisation doit permettre aux élèves inscrits à la fois dans un conservatoire et dans cette seconde générale et technologique de concilier les exigences de la poursuite de leur formation artistique et d’une formation générale renforcée […]. Cette disposition doit permettre d’élargir le vivier des élèves concernés par la série S2TMD, d’une part en proposant aux élèves de troisième une année transitoire leur permettant d’affiner leur choix d’orientation avant le cycle terminal, d’autre part en permettant aux élèves de seconde, qu’ils aient ou non suivis l’option précitée, de s’orienter vers un cycle terminal S2TMD8.

Un cycle terminal aligné sur les autres séries technologiques

L’architecture des enseignements du cycle terminal (première et terminale) se compose, comme l’ensemble des autres série, d’enseignements communs, de 3 enseignements de spécialité en classe de première, dont 2 seront poursuivis en classe de terminale, ainsi que d’enseignements optionnels.

  • En classe de première, un enseignement de spécialité « Économie, droit et environnement du spectacle vivant » (EDESV) de 3h hebdomadaires est créé. Il fait suite à l’enseignement de sciences économiques et sociales en classe de seconde et vise à construire les connaissances nécessaires à une juste appréhension du monde professionnel auquel les jeunes aspirent.
  • Sur les deux années du cycle, deux enseignements de spécialité sont créés : « Culture et sciences chorégraphiques, ou musicales, ou théâtrales » et « Pratique chorégraphique, ou musicale, ou théâtrale« . D’une durée de 5h30 chacun (11h au total), ils passent à 7 chacun (14h au total) en classe de terminale. Ces deux spécialités, mises en œuvre conjointement par les deux établissements partenaires, permettent de satisfaire les attentes et besoins des élèves dans les domaines de la culture, de la technique et de la pratique de leur art.

Contrairement à ce qui a pu être parfois écrit, le volume horaire global sur les trois années reste sensiblement le même dans cette nouvelle configuration — 31 heures au lieu de 31h30 pour la musique et 32h30 pour la danse en TMD —, la baisse observée en classe de seconde étant compensée par les augmentations des volumes horaires en classe de première et de terminale.

Une petite révolution 

Mais la véritable nouveauté — qui ne manque pas d’interroger quant au fait que les collectivités locales (qui financent) et les directeurs de conservatoire la découvrent où vont la découvrir à la lecture des nouveaux programmes ! — tient au fait que les enseignements spécifiquement artistiques (Culture et sciences, Pratique artistique) sont assurés conjointement par une équipe pédagogique associant les compétences des professeurs des établissements partenaires. Il revient en effet à chaque équipe et pour chaque enseignement de convenir de la répartition horaire entre professeurs qui soit la plus adaptée à la poursuite des  objectifs fixés par les programmes et précisés par le projet pédagogique concerté validé par la convention liant les deux établissements.

Dans tous les cas, chaque établissement partenaire prend  en charge a minima 40% du volume horaire total imparti aux enseignements de spécialité pour ce qui concerne le cycle terminal et la proportion est la même pour l’enseignement optionnel proposé en classe de seconde.

Bien entendu, il s’agira pour une part de mutualisation d’enseignements déjà existants. Pour autant, ne serait-ce par exemple que sur le plan de l’évaluation des élèves, la différence avec la situation actuelle est conséquente et elle devrait être source d’évolutions importantes dont je ne suis pas sûr que les promoteurs de cette réforme aient eu pleinement conscience !

On ignore à ce stade si la « tutelle pédagogique » que devrait représenter le ministère de la Culture pour les conservatoires a prévu d’informer sinon de former les équipes enseignantes et de direction en ce sens…

Un arrêté et de tous nouveaux programmes

L’arrêté modifiant les arrêtés relatifs aux organisations, volumes horaires et épreuves du baccalauréat technologique pour rénover la série technologique  « techniques de la musique et de la danse » vient d’être signé par le directeur général de l’enseignement scolaire et par la directrice générale de la création artistique. Il devrait paraître prochainement au Journal officiel. Ce texte entérine le changement d’appellation, la création de l’enseignement optionnel pour la classe de seconde et la nouvelle organisation des enseignements de spécialités pour le cycle terminal (première et terminale S2TMD).

Le Conseil supérieur des programmes a été saisi pour la rédaction des programmes des nouveaux enseignements :

Enfin, un modèle de convention devrait être transmis prochainement aux établissements afin de leur permettre de formaliser les modalités de ce  partenariat renouvelé et de définir un projet pédagogique partagé.

Des inquiétudes chez les enseignants

Au delà de la réforme elle-même qui présente d’indéniables avancées pour les élèves de cette filière, les inquiétudes sont réelles du côté des enseignants de l’Education nationale dont certains voient déjà leur dotation horaire baisser, alors même que l’implantation des enseignements de spécialité artistiques a fait l’objet d’une attention particulière de la part des chefs d’établissement et des autorités académiques. D’une manière générale, il ne semble pas y avoir de réduction de l’offre. Cela étant, la modification des épreuves du baccalauréat avec l’intégration au contrôle continu des options  artistiques et une révision du coefficient qui leur est attribué contribuent à fragiliser ces enseignements qui « ne rapportent plus rien au baccalauréat ». De ce point de vue, des fermetures d’option ne sont pas à exclure sur le long terme.

De très nombreuses interrogations demeurent également quant à la mise en place effective du partenariat entre les établissements d’enseignement artistique et les lycées et dont on aurait pu souhaiter qu’il se déroulât dans un calendrier moins contraint. Certes, tous ces établissements collaborent entre eux depuis de longues années, mais la prise en charge partagée des enseignements de spécialité, tel que cela figure désormais dans les nouveaux programmes, est une vraie nouveauté qui nécessitera donc la définition concertée d’un projet pédagogique commun. Cela ne peut se faire en un claquement de doigt !

Enfin, l’appropriation des nouveaux programmes — on pense notamment à cette nouvelle spécialité EDESV — devrait faire l’objet d’actions de formation préalables, or les cours sont censés débuter début septembre…

Des congés d’été studieux en perspective pour certains !


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  1. ST2S = Sciences et technologies de la santé et du social ; STD2A = Sciences et technologies du design et des arts appliquées ; STHR = Sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration, …
  2. Une pétition a recueilli plus de 12500 signatures à la date du 30 mai 2019 et, par ailleurs, une question écrite à été déposée au Sénat par M. Joël Bigot (Maine-et-Loire – SOCR) et publiée dans le JO Sénat du 02/05/2019 – page 2329.
  3. Pour preuve, cette étonnante mention qui figure sur le site de la Cité de la Musique/Philharmonie de Paris pour présenter cette série qui « conduit majoritairement à des métiers de l’interprétation. Elle n’a donc pas vocation à précéder ou faciliter des études universitaires de musicologie. Une fois engagé dans cette section, il est souvent difficile de changer d’orientation » https://metiers.philharmoniedeparis.fr/bac-tmd.aspx ; Page consultée le 30/05/2019
  4. CRR de Marseille, du Grand Besançon, de Bordeaux, de Caen, de Dijon, d’Annecy, de Lille, de Douai, de Lyon, de Montpellier, du Grand Nancy, de Metz Métropole, de Brest, de Nantes, de Nice, de Tours, de Boulogne, de Paris, de Reims , de Rennes,  de Rouen, de Toulouse, de Versailles.
  5. Voir : https://eduscol.education.fr/cid59924/serie-tmd.html
  6. Direction générale de la création artistique.
  7. Voir le Schéma d’orientation pédagogique de l’enseignement du théâtre – 2001.
  8. Note Dgesco du 8 avril 2019

3 commentaires

Bonjour, sera-t-il possible pour un élève de se présenter au bac S2TMD en candidat libre s’il habite loin d’un lycée qui propose ce bac ? Il est parfois difficile pour un élève de s’éloigner de sa famille (internat) et de rentrer sur concours dans le conservatoire partenaire. Y-a-t-il des solutions pour ce profil d’élève ? Y-aura-t-il des cours du CNED pour ce bac ?
Cordialement

Lisa Rodrigues de Oliveira

Bonjour,
Mère d’une élève entrée en seconde option chorégraphique, et professeur de philosophie en TMD depuis 15 ans, j’aimerais vous faire part de quelques remarques et avoir quelques éclairages. D’abord je vous remercie de publier à l’adresse des parents cet article car je peux témoigner que la confusion a régné lors de l’année de troisième en mars 2019 et pour les parents de seconde md. Cette réforme précipitée suscite encore des questions que notre député et notre sénatrice du Calvados ont soulevées auprès du ministre (sans réponse). Nos élèves de md pouvaient jusqu’alors faire une classe prépa littéraire et nous avons une élève reçue à Fenelon et sortie 1ère de l’ens Ulm se spécialisant dans l’analyse musicale, d’autres suivant le même chemin ou bien inscrits au Cnsmd de Paris et à la Sorbonne en philosophie (esthétique).
Il est vrai que les 5 heures de philosophie les y préparaient. Pour m’être occupée de la fiche orientation des md, j’ai demandé à l’onisep de revoir leurs informations et l’IG de danse a été étonnée de découvrir ceci alors que le nombre d’heures de philosophie était réduit à 2 h dans la réforme. Ceux qui s’y connaissent un peu en danse sont sidérés car la culture philosophie permet aussi d’étudier à l’université la sémiotique de la danse. Je réalise actuellement un rapport sur ce sujet en espérant que cela soit pris en compte en 2020. Passons maintenant à la réalisation de la réforme: ma fille a cours de 8h à 18h sauf le mardi après-midi, 18h30. Elle termine à 21h le jeudi et 19h30 le vendredi. Des journées de 11h avec un programme de seconde décrit comme ambitieux. Si elle est fatiguée, ces professeurs du secondaire savent pourquoi et si elle se blesse, ses professeurs du conservatoire savent pourquoi. Les nageurs et hockeyeurs de son lycée bénéficient eux d’un horaire sport aménagé le matin et d’un suivi médical. L’IG de danse est IG d’EPS et sait parfaitement que le traitement est inégal. J’en viens au coeur des choses : 6 heures de danse alors que lors de ses stages internationaux cet été, les professeurs du Conservatoire de Paris et de l’opéra ont estimé que 10h minimum de danse étaient plus réalistes m’ont contraint à lui faire compléter sa formation dans une école privée comme d’ailleurs ses autres camarades danseurs tous pré -pro. Je ne parle même pas de la découverte progressive des programmes publiés le 29/08, tellement c’est insupportable pour les enseignants investis dans cette section, du cours d’économie de 1ère qui suppose des notions que les secondes de l’an dernier n’ont pas pu aborder. J’arrête là. Ma boîte professionnelle reçoit des mails de parents dépités et d’élèves pris au dépourvu. J’ai démissionné de mon poste de Pp pour apporter la lumière et enfin avoir le regard de la rectrice. Une question donc : qui va évaluer les conséquences de cette réforme qui oriente certes aussi vers le management culturel mais ferme un certain nombre d’orientations des métiers autour de la danse ?
Je vous remercie de bien vouloir m’éclairer.
Lisa Rodrigues de Oliveira, Caen

C’est la fin pour les élèves de pouvoir vraiment s’investir dans la musique ou la danse. Ils veulent devenir musiciens ou danseurs, pourquoi les surcharger au lycée. Vous ne savez pas le temps qu’il faut pour travailler sa musique. Heureusement pour ma fille, elle échappe à sa étant cette année en terminal. D’ailleurs dans beaucoup d’établissements des élèves ont manifesté.

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