Réforme du bac, quel impact sur les enseignements artistiques et sur la filière TMD ?

16/02/2019
m.a.j le 23/02/2019

La réforme du lycée1 qui doit entrer en vigueur en septembre prochain marque la fin des filières générales (séries ES, S et L) et la mise en place d’un socle de culture commune articulé avec des disciplines (ou enseignements) de spécialités que pourront choisir les lycéens dès la seconde, afin de construire leur propre parcours de formation en fonction de leurs goûts et de leurs ambitions. Ces élèves n’auront ainsi plus le choix entre les filières littéraires, scientifiques ou encore économiques et sociales, mais bien entre plusieurs spécialités qui les suivront tout au long de leurs études. Cette réforme vise à permettre à chaque élève de construire un cursus « à la carte » et est censée faciliter son orientation dans l’enseignement supérieur.

En revanche, la voie technologique (dont la filière TMD), conserve son organisation actuelle en séries2. Pour autant, cette réforme pourrait ne pas être neutre au regard, notamment, des enseignements artistiques, tels qu’ils sont actuellement proposés par les lycées.

Pour la voie générale, le socle commun est une base de matières identiques aux classes de Premières et de Terminales et qui représentera un volume horaire total de 16h par semaine en Première et de 15h30 en Terminale. Il est composé des enseignements suivants :

  • Français
  • Histoire-géographie
  • Enseignement scientifique (pour la voie générale) ou Enseignement mathématiques (pour la voie technologique)
  • Enseignement moral et civique (EMC)
  • Langue vivante 1 et 2 (LV1 et LV2)
  • Éducation physique et sportive (EPS)
  • Humanités numériques et scientifiques
  • Philosophie (en classe de terminale)

Vient ensuite le choix des disciplines de spécialités qui va donner une forme spécifique au parcours du lycéen avec, en Première, le choix de 3 spécialités (représentant chacune 4 heures de cours par semaine, soit 12 au total). En Terminale, ce lycéen choisira 2 disciplines de spécialités parmi les 3 spécialités qu’il a suivies en Première. Celles-ci passeront chacune à 6h de cours par semaine (soit toujours 12h en tout).

Liste des enseignements de spécialité :

  • Arts (4 heures par semaine en première, 6 heures en terminale)
  • Biologie-écologie (idem)
  • Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (idem)
  • Mathématiques (idem)
  • Humanités, littérature et philosophie (idem)
  • Numérique et sciences informatiques (idem)
  • Langues, littératures et cultures étrangères (idem)
  • Physique-chimie (idem)
  • Littérature, langues et cultures de l’Antiquité (idem)
  • Sciences de la vie et de la Terre (idem)
  • Sciences économiques et sociales (idem)
  • Sciences de l’ingénieur (idem)

La spécialité Arts regroupera plusieurs formes artistiques :  arts du cirque, arts plastiques, cinéma-audiovisuel, danse, histoire des arts, musique et théâtre.

Jusqu’à aujourd’hui et suite à la dernière réforme du lycée mise en œuvre par Luc Chatel en 2010, deux possibilités étaient offertes aux élèves souhaitant bénéficier d’un enseignement de la musique dans le cadre de leur classe de seconde générale et technique :

  • Une option facultative ouverte à tous les élèves et sans égard à leur niveau de pratique antérieur ;
  • Un enseignement d’exploration dénommé « Création et activités artistiques – Arts du son »3, ouvert à tous également mais que suivent plus particulièrement les élèves ayant déjà une pratique artistique régulière par ailleurs et dont certains feront le choix de poursuivre en classe de Première et de Terminale, dans la filière TMD (Technique de la musique et de la danse).

La série Techniques de la musique et de la danse (TMD) qui relève des séries dites technologiques est placée sous une double tutelle partagée entre le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Culture et de la communication. Bien que sa dénomination (anciennement appelée F11) et ses objectifs ont évolué dans le temps, son organisation reste quasiment inchangée depuis 1977 4. Cela étant, des discussions sont actuellement en cours au niveau de la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) pour rénover ce baccalauréat et cette filière qui compte aujourd’hui 1500 élèves répartis dans une trentaine d’établissements et qui sont tous, par ailleurs, élèves en conservatoire que ce soit pour la musique ou pour la danse. Cette évolution devrait conduire à l’intégration de la discipline du théâtre5 aux côté de la musique et de la danse et se traduire par cette nouvelle dénomination de « S2TMD » (Sciences et techniques du théâtre, de la musique et de la danse)6 en lieu et place de l’actuel TMD 7. Un système de conventionnement avec les établissements d’enseignement artistique (CRR/CRD) devrait favoriser le développement de relations harmonieuses entre les établissements.

Composition du socle commun des classes de Première et de Terminale pour les séries technologiques :

  • Français
  • Histoire-géographie
  • Enseignement moral et civique
  • Langues Vivantes Approfondies A et B
  • Éducation physique et sportive
  • Mathématiques

Enseignement de spécialité (TMD) :

  • Option instrument
  • Option danse

A ce stade, les horaires ne sont pas encore totalement définis. Il est néanmoins fait mention d’un volume hebdomadaire de 32h30 (pouvant passer à 30h30) pour la classe de Seconde, de 31h (pouvant passer à 28h) pour celle de Première et de 33 h (pouvant passer à 27h) pour la Terminale. Ce volume initial est en effet jugé trop important par les enseignants qui craignent que le temps dévolu à la pratique instrumentale ou chorégraphique ne soit pas suffisant au regard des enjeux de cette formation. Mais c’est bien là que demeure toute l’ambiguïté de cette filière aujourd’hui. Autrefois, perçue comme réservée aux seuls « futurs professionnels » (le fameux bac F11) 8, et face à une raréfaction préoccupante de son recrutement pouvant conduire à remettre en cause la viabilité de cette filière, une réforme des programmes (en 2010) et une évolution sensible des contenus de la session du baccalauréat 2017 — il n’y a plus de liste de morceaux imposés pour les musiciens9  — , s’est opéré un assouplissement des conditions d’accès en indiquant que le niveau de référence requis en conservatoire est donc désormais plus proche du niveau d’un CEM/CEC obtenu à l’issu d’un cursus de 3ème cycle amateur que d’un DEM/DEC qui vient sanctionner le cursus de 3ème cycle spécialisé, une des voies d’accès pour l’enseignement artistique supérieur10, rappelant justement qu’elle n’est pas uniquement destinée aux « futurs professionnels ».

Il est à noter que cette série, tout comme celle des Sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration (STHR), à toujours débuté dès la classe de seconde, avec la mise en place dans un certain nombre de lycée d’une « seconde spécifique TMD » permettant obtention d’une dérogation, sous réserve de poursuivre un cycle d’étude dans un conservatoire à rayonnement régional ou départemental. Dans le cadre de la réforme, cette classe de seconde spécifique est remplacée par une seconde générale et technologique dotée d’une option technologique artistique « Culture et pratique de la danse, ou de la musique, ou du théâtre », d’un volume hebdomadaire de 6 heures.  Cet enseignement ne pourra être proposée que par les lycées ayant passé une convention avec un conservatoire à rayonnement régional ou départemental et il concernera les lycéens inscrits dans l’établissement d’enseignement artistique en convention avec leur lycée.

L’abandon de l’enseignement dit d’exploration dans le cadre de cette réforme ne devrait donc pas, a priori, changer la donne. Au contraire pourrait-on même penser que bon nombre d’élèves feront ainsi le choix d’un enseignement de spécialité Arts tout en construisant un parcours scientifique ou littéraire en vu de l’accès aux filières d’excellence de l’enseignement supérieur.

Cela étant, la répartition des options et enseignements de spécialité artistiques effectuée par les rectorats à la faveur de cette réforme inquiètent très fortement les professeurs d’éducation musicale des lycée quant au respect de l’égalité et de l’équité territoriale11. Ces derniers insistent pour que ces enseignements artistiques soient accessibles dans un périmètre raisonnable pour tout élève qui le souhaite et que ne soit pas ainsi mis à mal trente ans de politique artistique et de partenariat culturel. De ce point de vue, la dérogation de droit vers un lycée hors secteur accordée aux élèves de collège qui souhaitent intégrer – et poursuivre – un cursus artistique dès la classe de Seconde est la seule garantie d’équité d’accès à ces enseignements dits « rares ».

Enfin, la modification des épreuves du baccalauréat avec l’intégration au contrôle continu des options  artistiques et une révision du coefficient qui leur est attribué contribuent à fragiliser ces enseignements qui « ne rapportent plus rien au baccalauréat ». On notera par ailleurs que les options latin et grec compteront, pour chacune d’elles, pour un coefficient 3, en plus du total des notes qui entrent dans le calcul final pour les points au-dessus de dix en première et en terminale. Un premier sondage mené auprès des élèves concernés tend à montrer que peu d’entre eux envisagent de poursuivre leur option artistique l’année de l’examen pour privilégier des enseignements qui « rapportent » des points au baccalauréat…


Cet article est mis à disposition selon les termes de la licence http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr (Attribution / Pas d’utilisation commerciale / Partage dans les mêmes conditions)

  1. Voir brochure MEN
  2. Pour mémoire : Sciences et technologies du management et de la gestion (STMG), Sciences et technologies de la santé et du social (ST2S), Sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration (STHR), Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable (STI2D), Sciences et technologies de laboratoire (STL), Sciences et technologies du design et des arts appliqués (STD2A) et Techniques de la musique et de la danse (TMD).
  3. Voir programme dans le Bulletin officiel spécial n° 4 du 29 avril 2010.
  4. A noter cependant une importante évolution des programmes et du « caractère professionnel » du baccalauréat TMD parue en juillet 2016.
  5. Lors des tous derniers échanges organisés par le Bureau des formations générales et technologiques de la DGESCO, il a été rappelé que le niveau d’exigence pour l’enseignement du théâtre devra correspondre aux attendus de la formation telle qu’elle est dispensée dans les conservatoires et non pas à celui de l’enseignement optionnel délivré dans les lycées.
  6. Cette formulation permet de conserver l’acronyme « TMD » et de se rapprocher de celui des autres séries technologiques (STD2A, ST2S, STI2D…)
  7. Bien que ces travaux soient en cours, cette nouvelle appellation figure déjà dans le document de présentation de  la réforme qu’a éditée le ministère : En route vers le bac 2021 !
  8. Quand bien même, et loin s’en faut, tous les bacheliers qui en étaient issus n’accédaient pas aux établissements d’enseignement supérieur de la création artistique et du spectacle vivant.
  9. A cet égard, il est aussi rappelé que les « variations chorégraphiques du ministère de la Culture ne sauraient constituer une référence de niveau dans l’absolu…
  10. Certificat d’études musicales/chorégraphiques – Diplôme d’études musicales/chorégraphiques.
  11. Voir ­­ https://apemu.fr/news/219/17/Le-dossier-lyc%C3%A9e

1 commentaire

Bonjour Monsieur Stroesser,
Article très intéressant; ma fille est concernée par cette réforme; elle est actuellement en seconde STD2A au Lycée de la communication Alain Colas à Nevers qui propose également des formations post-bac (jusqu’au Master); ma fille veut, après le bac, intégrer une école d’Arts numériques, en vue de s’orienter vers le domaine des jeux vidéos; malheureusement, dans ce domaine, force est de constater que les écoles sont presque exclusivement privées et très chères sur le plan financier; il existe cependant une ou deux écoles publiques sur le territoire…Les conservatoires, et les écoles d’arts plastiques ont un rôle tout à fait déterminant à jouer, à condition d’une reconnaissance nationale et…Internationale. Yves Jusserand

Laisser un commentaire